L’hiver numérique a commencé, une tribune à signer pour un printemps de soin

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L’hiver numérique a commencé

Nous le constatons depuis quelques mois : le carnet de commandes des entreprises du numérique est trop vide. Bien sûr, les élections municipales ont créé une pause, mais le problème est plus grave. L’injonction à utiliser l’intelligence artificielle générative (IAg) a une conséquence directe : les équipes sont incitées à produire en interne plutôt que de recourir à des prestataires, ou bien à choisir des propositions commerciales truffées d’IAg dont le prix baisse en deçà de toute concurrence. Et la réduction des dépenses publiques de communication1 renforce cette injonction. 

Du côté des prestataires, la tentation de licencier est forte, parfois par prudence face à un marché en berne, parfois par cupidité en utilisant l’IAg comme prétexte2. Que ce soit chez CapGemini3, Sopra Steria4, Atos5, Accenture6 ou chez les géants du numérique (Amazon7, Meta8, Oracle9), c’est l’hécatombe. Le magazine Challenges évoque un AI-maggedon10.

Les entreprises de service numérique (ESN) sont dans un tel état de détresse qu’elles répondent à des appels d’offres pour lesquels elles sont mal dimensionnées, qu’elles auraient autrefois ignorés. Certaines pratiquent des remises extravagantes pour remporter des marchés, quoi qu’il en coûte : nous avons vu un marché de site web pour un département remporté par un prestataire avec une remise de 36%. D’autres cassent les prix11 en revendiquant ouvertement l’utilisation de l’IAg : on a vu des offres au quart du prix normal dans des marchés publics.

Nos consœurs et confrères qui travaillent en indépendant sont les premiers touchés, avec des interruptions de leurs contrats réguliers et une raréfaction des missions. Des profils de haute qualité se retrouvent en grande précarité, parfois au revenu de solidarité active (RSA), parfois contraints à la reconversion professionnelle. 

Les développeurs et développeuses ne sont plus pénuriques. Le nombre d’offres d’emploi a diminué fortement en France12 et aux États-Unis13 en 2025, et 2026 pourrait être bien pire. Au niveau du marché, d’après le syndicat patronal Numeum14, 825 millions d’euros ont disparu en 2025 entre les ESN et les entreprises de conseil (ICT)15.

Du côté des juniors, la situation est catastrophique16 : pas d’embauches, pas de stages, pas d’alternances. Le Bachelor universitaire de technologie (BUT) Métiers du multimédia et de l’internet (MMI), qui diplôme environ 2500 étudiants par an, a vu ses candidatures baisser de 10 %. Certains étudiants et certaines étudiantes abandonnent en cours de formation et se réorientent du fait de cette absence de débouchés.

Où va-t-on ? S’il est impossible de prédire l’avenir, on peut en revanche observer l’effet des IAg sur les métiers de la traduction. Il suffit de côtoyer des traducteurs et des traductrices pour ressentir l’étendue du désastre : j'ai perdu 60% de mon chiffre d'affaires en quelques mois17, toutes les semaines, on a des collègues qui arrêtent18, Je ne retrouverai pas de poste à 100 %19. Chez Arte, dès 2026, 50 % de son catalogue sera traduit à l’aide de l’intelligence artificielle20, avec l’impact que l’on peut imaginer sur l’emploi. Même pour les traducteurs littéraires21, les dégâts sont considérables, aucun secteur n’est préservé. Les humains deviennent les relecteurs des machines, ce qui est à la fois moins bien payé, moins intéressant et psychologiquement dévalorisant22. L’IAg n’a pas créé de nouveaux emplois, juste détruit les savoir-faire à deux niveaux : dans la pratique professionnelle et dans les écoles, qui peinent à recruter pour des métiers sinistrés. C’est probablement l’un des pires scénarios possibles.

L’adoption rapide est stimulée par la gratuité. Hotmail, Flickr, Mailchimp, Spotify, Heroku, Notion, Figma, Zoom, tous ces produits ont démarré gratuitement, puis sont devenus payants quand le service était suffisamment déployé. Cette stratégie commerciale est éculée, et participe du processus d’enshittification décrit par Cory Doctorow23. Et quand le service reste gratuit, comme la recherche Google, Facebook ou Instagram, le modèle d’affaires publicitaire rend les services toxiques24. La gratuité de ChatGPT25, Gemini26, Claude, Mistral et tant d’autres est déjà de l’histoire ancienne, ce ne sont plus que des versions d’essai de plus en plus limitées. Nous savons déjà que les services vont devenir plus chers et que les entreprises vont fusionner jusqu’à des situations de monopoles ou d’oligopoles.

La guerre que se livrent les acteurs de l’IAg a toute l’apparence d’une bulle, avec des investissements circulaires colossaux27 et des dégâts écologiques considérables28 : extraction intensive de minerais pour les GPU, artificialisation des sols pour construire des datacenters géants, besoins croissants en énergie, en eau…29 À tel point que Microsoft, pour alimenter ses datacenters, veut réactiver la centrale de Three Mile Island30, théâtre en 1979 du plus grave accident nucléaire de l’histoire américaine31. La surconsommation énergétique est si grande que les acteurs des big techs repoussent sine die leurs objectifs de réduction des émissions carbone32

La suractivité économique est artificielle et masque en réalité une économie américaine proche de la récession33, avec un risque de disparition de la plupart des acteurs de l’IAg lors de l’éclatement probable de la bulle34. Qui paiera la note35, demande l’Institut Français des Relations Internationales (IFRI) ? Et qu’allons-nous faire des datacenters vides après la bulle ? Qu’allons-nous faire de toute la puissance de calcul inutilisée une fois la mise en place généralisée de petits modèles libres, frugaux, locaux ? Certains investissements d’avenir  d’aujourd’hui constituent les ruines avec lesquelles nous devrons vivre demain36.

Mais les enjeux les plus importants des IAg sont sociaux, pas écologiques. Pour Bernard Stiegler, on peut considérer les services numériques comme des organes externalisés37, qui à la fois nous augmentent et nous diminuent. Ainsi, en recourant au GPS, nous gagnons une capacité que nous déléguons à un système technique, mais nous perdons notre sens de l’orientation38. C’est ce qu’il appelle la prolétarisation, au sens de perte des savoir-faire. Cela se produit à deux niveaux : à l'échelle individuelle d’une part, en diminuant les connaissances intériorisées et mobilisables dans la pratique, et à l'échelle sociale d’autre part, par l’érosion des communautés de pairs (qui nous relient) au profit de dialogues personnalisés (qui nous isolent). Avec l’IAg, nous externalisons des fonctions comme la lecture, la synthèse, l’analyse, la comparaison, la créativité, en bref, l’esprit. Sommes-nous d'accord pour perdre tout cela39 ? 

L’effet des IAg sur les universités et les écoles est d’ores et déjà délétère. Bon nombre d’étudiants et d’étudiantes confondent livrables et apprentissages et sortent diplômés sans culture et sans savoir-faire, simples opérateurs de machines qu’ils ne comprennent pas. Nous risquons de créer des cohortes de jeunes gens aussi inemployés qu’inemployables, avec les conséquences prévisibles en termes de précarité, d’intégration et de radicalisation politique. Certes, X ou la rue d’Ulm ne sont pas menacées (encore que…40), mais peut-on faire société avec une élite en sécession ?

Anthropic a publié en mars une étude titrée Impacts de l’IA sur le marché du travail : nouvel indicateur et premiers résultats41. Dans cet article, un graphique attire l’attention. Il montre la capacité de l’IA à automatiser les métiers en fonction des secteurs. Management, business, finance, science, loi, arts et médias, administration : tous ces secteurs présentent, d’après l’entreprise américaine, une couverture théorique par l’IA supérieure à 80 %. Certes, cela appelle des réserves méthodologiques, un métier ne se réduisant pas à une somme de tâches. Néanmoins, si les promesses des acteurs de l’IAg sont tenues, une grande part des emplois va être automatisée42. En France, Le Monde évoque une menace à court terme pour 5 millions de salariés43. L’acceptabilité sociale est si fragile que plusieurs dirigeants des big techs se mettent à parler de taxation du capital, de revenu universel et de réduction du temps de travail44, des propositions à l’opposé des politiques états-uniennes. Et si les promesses ne sont pas tenues, l’IAg aura juste servi de prétexte et d'accélérateur à la casse sociale, à la surconcentration des richesses et à la diminution de la souveraineté numérique française et européenne. 

La destruction de l’emploi des juniors45 aboutira mécaniquement à un manque de profils seniors46. Quant aux personnes encore en poste, elles sont exposées à une surcharge cognitive47 qui peut mener à l’épuisement48 et au burn-out49. La peur d’être remplacés et remplacées par l’IAg50 est si intense que des chercheurs et chercheuses proposent de considérer un nouveau trouble mental, Artificial Intelligence Replacement Dysfunction51 (AIRD). Quant aux nouveaux métiers de l’IAg, les prompts engineers, AI trainers et autres éthiciens de l’IA52, gageons qu’ils seront eux-mêmes automatisés : on voit déjà apparaître des outils d’IAg de génération de prompts. Il semble que l’entreprise de rêve, pour certains entrepreneurs, soit composée d’une seule personne qui fait travailler des agents IA, comme l’illustre avec humour la Creative squad du designer Etienne Mineur53

L’utilisation intensive de l’IAg produit déjà un effet très concret : l’augmentation très rapide des risques liés à la cybersécurité54. Qu’il s’agisse d’applications vibe codées55, d’agents autonomes aux actions hors de contrôle56, de données confidentielles envoyées par des employés et des employées qui répondent aux injonctions à utiliser l’IAg57, les transformations des pratiques n’induisent pas nécessairement d’augmentation de la productivité58, mais elles diminuent gravement la sécurité59. Certains dirigeants de la tech constatent que l’IAg coûte déjà plus cher que d’employer des humains60 malgré des coûts affichés largement sous-estimés du fait des injections continues de capital dont bénéficient les fournisseurs d’IAg. Et il y a en revanche un domaine dans lequel les IAg sont formidablement efficaces : le piratage61. L’approximation et l’absence de contrôle ne sont pas des freins pour le hacking lorsque l’objectif est de nuire, notamment avec des agents capables de s’auto-répliquer de façon autonome62.

Pour comprendre la situation, il est nécessaire d’envisager l’IAg davantage comme un discours dans un champ politique que comme un artefact dans un champ technique. C’est une stratégie délibérée d’acteurs économiques américains pour maintenir et augmenter leur domination, dans une logique d’activité répondant à une fin : toujours plus. Le monde social, pris dans cette nouvelle forme de technocratie63, se soumet aux impératifs techniques des Bigs Techs et est contraint d’abandonner tout projet d’émancipation. En ce sens, il s’agit d’un prolongement de l’extractivisme, du productivisme, du colonialisme, de l’impérialisme et du néolibéralisme64. Le récit téléologique65 d’une IA générale péril existentiel, incarnée par Terminator ou Matrix, contribue à sortir la question du débat démocratique : on ne discute pas l’apocalypse, on la craint. Cela fait le jeu d’une course à la domination technologique en réalité absurde, qui précipite le dépassement des limites planétaires et le délitement social. Il faudrait ralentir, on accélère. 

Cette gigantesque opération d’automatisation risque fort d’aboutir à l’implosion du secteur dit quaternaire66, qui regroupe l'informatique, l'innovation, le numérique, la communication, et d’une partie du tertiaire comprenant notamment l’administration, le droit, l’ingénierie… En prenant un peu de recul, on peut schématiser comme cela : le primat de l'activité économique a justifié la dévalorisation et la dégradation des activités agricoles au profit de l'industrie, avec la révolution industrielle (primaire vers secondaire), puis celle de l’industrie aux services avec l’automatisation (secondaire vers tertiaire), puis des services vers le numérique avec l’informatisation (tertiaire vers quaternaire). La particularité de l’IAg est qu’elle fait disparaître le quaternaire sans ouvrir de quinternaire. La fin des cols blancs, et après, rien. 

Un printemps de soin

Nous refusons ce récit. Les éléments narratifs de l’IAg, qu’il s’agisse de révolution, de menace existentielle ou de course pour la compétitivité nourrissent un agenda toxique qui bénéficie principalement aux big techs qui commercialisent ces technologies. Nous refusons la colonisation de nos imaginaires par une bande de vieux adolescents mégalomanes. Nous avons vécu d’autres mutations techniques : l’informatique personnelle, la publication assistée par ordinateur (PAO), la photographie numérique, le web, le commerce en ligne… Nous saurons intégrer les larges modèles de langages dans nos diverses pratiques, avec calme et responsabilité, en mesurant à la fois les bénéfices réels (pas le récit publicitaire) et les risques réels (cognitifs, écologiques, sociaux, politiques…). Nous ne sommes pas en retard dans une course absurde vers la destruction du vivant, nous sommes en avance dans une nécessaire et inéluctable67 désescalade numérique68.

À la place de ce récit toxique, nous préférons l’éthique du care69, le soin mutuel. Nous affirmons que le numérique est principalement affaire de soin. L’innovation n’a de sens que si elle permet de prendre mieux soin et de moins nuire. Cela concerne autant le vivant, humain et non-humain, que les machines que nous concevons et utilisons. De quel soin parle-t-on ? Comment mettre en œuvre cette éthique, ici et maintenant ?

Nous prenons soin des projets numériques. Il faut se préoccuper des besoins des utilisateurs et utilisatrices, avec professionnalisme et empathie, ce qui nécessite de solides compétences d’enquête. Il faut écrire chaque ligne de code avec l’amour d’une artisane ou d’un artisan pour le travail bien fait. Il faut tester pour garantir la qualité et la robustesse. Et comme le propose Tristan Nitot avec la loi d’erooM70, il faut optimiser le code, pour faire bien avec moins de ressources. Un bon projet numérique est utile, utilisable et utilisé.

Nous prenons soin des interfaces. Nous produisons du design de qualité, respectueux des personnes et de leur libre arbitre. Nous n’intégrons pas de design trompeur (dark patterns), nous ne favorisons pas la captation de l’attention. Nous réalisons des tests avec des utilisateurs et utilisatrices, pour s’assurer que les services sont effectivement utilisables. 

Nous prenons soin de la typographie. Nous respectons les licences des polices de caractères que nous utilisons. Nous refusons les services typographiques qui intègrent des mécanismes de traçage, comme Google Fonts71, et nous hébergeons localement les fichiers. Nous faisons appel à de petites fonderies de caractère locales, qui sont un peu les AMAP (associations pour le maintien d'une agriculture paysanne) de la typographie. Nous encourageons les typographies non-binaires72 et inclusives73. Nous veillons à visibiliser la création non patriarcale, en valorisant les typographes femmes et en rappelant le caractère éminemment collectif de la création typographique. Nous composons pour faciliter la lecture des personnes dyslexiques, sans imposer la domination masculine74.

Nous prenons soin des licences. Nous publions notre code sous licence libre75 ou à réciprocité76. Nous refusons la privatisation du logiciel et considérons l’opacité du code source comme un problème de transparence et de démocratie. Nous appliquons la doctrine « Public Money, Public Code77 » et affirmons que tout le code financé par de l’argent public doit être public. 

Nous prenons soin de la cybersécurité. Nous ne mettons pas en ligne du code non maîtrisé. Nous recourons autant que possible à des audits de sécurité. Nous mettons en place de bonnes pratiques de sécurité dans les systèmes que nous développons, à la juste proportion du risque. Nous ne fixons pas d’exigences disproportionnées car cela causerait des coûts et délais déraisonnables : un blog n’a pas besoin de se conformer à la directive NIS278

Nous prenons soin des données personnelles. Bien sûr, nous appliquons le RGPD79, mais avant cela nous questionnons le besoin du fichage et de la surveillance numérique. Nous ne voulons pas du score de suspicion de la CAF80, ni du crédit social mis en place en Chine81. Nous refusons la surveillance généralisée de nos vies82.

Nous prenons soin de notre souveraineté. Nous ne voulons pas de cloud de confiance géré par Microsoft ou Amazon Web Services (AWS). Nous sommes conscientes et conscients de la réalité matérielle de nos dépendances, des mines en République Démocratique du Congo83 aux câbles transatlantiques84 qui nous attachent aux data centers de la Silicon Valley. Nous choisissons de dénouer ces liens85 et d’en nouer d’autres, avec des organisations réellement françaises et européennes : Infomaniak, OVH, Scalingo, Scaleway, Clever Cloud…

Nous prenons soin de nos outils. L’outil juste répond à trois exigences : il est générateur d’efficience sans dégrader l’autonomie personnelle, il ne suscite ni esclaves ni maîtres, il élargit le rayon d’action personnel. L’homme a besoin d’un outil avec lequel travailler, non d’un outillage qui travaille à sa place. Il a besoin d’une technologie qui tire le meilleur parti de l’énergie et de l’imagination personnelles, non d’une technologie qui l’asservisse et le programme. — Ivan Illich, La convivialité. Nous choisissons soigneusement des outils qui répondent à ces critères. 

Nous prenons soin de nos organisations. Pour bien faire, il faut des organisations démocratiques, qui privilégient le temps long et la robustesse86. On ne peut pas prendre soin dans une entreprise qui se préoccupe uniquement de rentabilité. Au contraire, la rentabilité est une condition de la pérennité. Associée à la lucrativité limitée et à de faibles écarts de revenus, cela permet de mettre en œuvre des politiques de soin et d’entreprendre en commun87

Nous prenons soin des personnes qui fabriquent le numérique. Les personnes en stage et en alternance ne sont pas de la main-d’œuvre à bas coût, mais une responsabilité que nous prenons, en tant que corps professionnel, d’assurer la bonne formation de ceux et celles qui viendront après. Cela passe par la bonne maîtrise de nos référentiels métiers, comme le référentiel général d’amélioration de l’accessibilité88 (RGAA), le référentiel général d’écoconception des services numériques89 (RGESN), le référentiel général de sécurité90 (RGS), les règles Opquast91, etc. Cela passe aussi par un temps long de compagnonnage, incompatible avec une vision purement mécaniste de la vente de jours hommes qui se pratique dans les ESN de l’ancien monde. Ce sont là des conditions permettant de prendre soin des savoir-faire.

Nous prenons soin de nos pairs. Nous soutenons les métiers de la création qui rendent notre monde plus beau, doux ou poétique, ainsi que les autres artisanes et artisans du numérique. Nous valorisons leur travail, nous respectons leur temps, nous les rémunérons vite et bien. Nous passons d'une logique de concurrence et de compétition à une logique de partage et de collaboration.

Nous prenons soin de la formation. Nous n’avons pas besoin de gens capables d’écrire des prompts, nous avons besoin, plus que jamais, de citoyennes et de citoyens dotés d’une grande culture numérique, capables de recul critique. Pour cela, la formation au numérique, du collège au doctorat, doit s’inscrire dans le champ des humanités numériques. Plus qu’une formation aux outils, nous avons surtout besoin d’une approche technocritique qui donne au sujet sa pleine dimension politique. 

Nous prenons soin de l’habitabilité de la Terre. Dans le numérique comme dans tous les autres domaines, la sobriété vient avant l’optimisation. Nous avons besoin de décider collectivement ce que nous voulons, et ce que nous ne voulons pas. Pour cela, nous créons des espaces de démocratie technique92, qui nous permettent de débattre et de choisir localement. Il n’est pas question d’imposer une solution unique, mais au contraire de permettre des solutions situées, décidées par les personnes concernées. 

Nous prenons soin de notre monde social. Parce qu’un monde qui se soucie uniquement de ses structures oublie sa dimension humaine. Nous nous reconnaissons dans la large notion de buen vivir, qui va au-delà de la modernité, à la recherche de nouvelles ontologies, et porte son attention sur les relations et interactions entre les humains et avec les non-humains93

Nous prenons soin des communs numériques. Ces ressources gérées par leurs communautés sont un exemple parfait de la diversité des possibles. Le grand public connaît Wikipédia, éventuellement Linux, mais les communs foisonnent : Open Street Map, Open Food Facts, Panoramax, Primtux, Decidim, CoopCycle, CoopCircuits, Peertube, OpenFisca, osuny… Pour soutenir les communs, nous avons besoin d’engagement sur le long terme, et surtout pas d’appels à projets ou d’appels à communs. Le soin est affaire de temps long. 

Nous prenons soin de la maintenance. Le soin est un enjeu éthique, écologique et politique94. Dans le secteur numérique, nous devons sortir des tickets, et entrer dans la maintenance proactive et la réduction de la dette technique. C’est aussi l’espace de l’optimisation et de la frugalité, et le temps du dialogue avec les personnes utilisatrices. Maintenir n’est pas réparer, c’est un acte plus modeste, trop souvent invisible, dénué de connotation héroïque. C’est essentiel.

Nous prenons soin du service public. Le privé ne fait pas mieux, c’est un mythe95 qui sert des intérêts financiers privés96. Alexis Kauffmann (parmi d’autres !) a fait un travail formidable à la Direction du Numérique pour l'Éducation pour faire émerger et prendre soin de communs numériques au sein de l’Éducation nationale97. Il est possible et souhaitable d’articuler service public et communs numériques98.

Nous prenons soin des appels d’offres et des marchés publics. Que l’on écrive l’appel d’offres ou que l’on y réponde, nous encourageons les pratiques de soin99. Le critère prix est encore considéré comme prioritaire dans de nombreux marchés publics, favorisant un dumping déjà pratiqué dans certains cas, qui pourrait aussi encourager un usage intensif des IAg pour abaisser les coûts (si tant est que leur prix d’usage n’explose pas). Nous nous appuyons sur le cadre réglementaire, et sur les principes d'égalité de traitement des candidats et de transparence des procédures imposés par le Code des marchés publics. On peut, par le biais de clauses, d'articles et d’attentes bien formulées, valoriser davantage les critères sociaux et écologiques, tant sur des enjeux de savoir-faire (à la fois des équipes prestataires et mandataires) que d’accessibilité, de limitation des empreintes environnementales et cognitives, que d’accès aux droits, d’émancipation, de durabilité et de robustesse. 

Nous prenons soin de l'existant. La vision projet imposée par les appels d’offres ne convient pas à un numérique pensé à long terme. Il ne faut pas créer et détruire au bout de quelques années, mais faire évoluer progressivement dans une démarche quotidienne de soin. De l’amélioration continue, mais pour de vrai. Pour cela, il est souhaitable de mettre en place des engagements, par exemple avec des conventions associatives ou des participations dans des sociétés coopératives d’intérêt collectif (SCIC). De petits marchés humbles, sous le seuil des marchés publics, sont souvent plus pertinents que de grands chantiers numériques sophistiqués, onéreux et longs.

Nous prenons soin des personnes qui ne souhaitent pas de numérique. Nous voulons intégrer à tous les niveaux le droit au non-numérique, de la Constitution100 à la commune101. Les politiques d’inclusion numérique ont toujours été un pansement sur la plaie de la numérisation forcée. En maintenant des points de rencontre humains, physiques, nous résolvons le problème de l’exclusion numérique. Et bien sûr, cela doit être complété par un accompagnement pour celles et ceux qui veulent apprendre, pour un numérique choisi et non subi102. Pas de forceur dans le numérique !

Nous prenons soin de l’égalité entre les femmes et les hommes. Par des grilles de salaires parfaitement égalitaires, d’une part, et par une stimulation active de la part de femmes dans le numérique. Il est nécessaire d’adopter des politiques volontaristes de formation et recrutement de femmes, et de soutien à l’entrepreneuriat féminin afin d’équilibrer le secteur. Prendre soin de l’égalité, c’est aussi arrêter de créer des figures masculines pseudo-héroïques, qui ne font que prolonger le patriarcat en exploitant le mythe du mérite103. Il s’agit aussi d’organiser le travail sans considérer les célibataires ou les hommes avec des épouses comme la norme : congés maternité, paternité, adaptation des horaires de travail, télétravail, congés menstruels, adaptations à la ménopause, remboursements de frais liés à la famille, etc. Pas de travail des femmes sans prise en compte de leur travail invisible en dehors des bureaux. 

Nous prenons soin des personnes en situation de handicap. Nous respectons de notre mieux le RGAA, dans tous nos métiers : conception, développement, contribution. Mais au-delà d’un score et d’une conformité légale, nous ambitionnons l’accessibilité universelle, et nous la construisons en intégrant dans les équipes de travail des personnes en situation de handicap et celles risquant l’exclusion numérique. Rien pour nous sans nous104 !

Nous prenons soin de ne pas coloniser. Le numérique est trop souvent dirigé par des hommes blancs hétérosexuels cisgenres. Nous voulons un monde assez grand pour tous les mondes105, construits par celles et ceux qui les habitent. La décolonisation numérique106 se joue à de nombreux niveaux, des mines aux usages, des entreprises aux discours. Nous agissons selon les principes du Design Justice Network107. Nous renonçons à l’universalisme et choisissons le pluriversalisme108. Si le capitalisme est bien une civilisation, comme le définit Fernand Braudel109, alors une civilisation qui a causé la sixième extinction de masse n’a de leçon à donner à personne110.

Nous prenons soin de l’économie sociale et solidaire (ESS). Nous recourons de façon systématique à des prestataires de l’ESS ou qui en sont très proches. Il y a sur le territoire français un tissu de coopératives du numérique, sous-exposé médiatiquement. Qu’il s’agisse de sociétés coopératives et participatives (SCOP), de sociétés coopératives d’intérêt collectif (SCIC), de coopératives d’activité et d’emploi (CAE) ou d’associations loi 1901, tout est déjà possible : choisir des outils libres avec LaSuite.coop ou Framasoft, se fournir en électricité avec Enercoop ou en téléphonie mobile avec TeleCoop, gérer ses périphériques numériques avec Commown, accéder à Internet avec un fournisseur d’accès associatif… L'annuaire des Scop en France liste plus de 150 entreprises du numérique, sur tout le territoire111, des petits ateliers de quelques personnes aux entreprises de taille intermédiaire. Et autour de cet écosystème, il y a des acteurs privés très engagés, qui prennent au sérieux les questions de citoyenneté économique112

Certes, il n’existe pas encore de grandes entreprises coopératives du numérique, comptant plus de 5000 personnes. D’une part, le groupe basque Mondragon113, l’une des plus grandes coopératives du monde, démontre qu’il est possible d’être 70.000 personnes rassemblées autour d’un projet exemplaire. D’autre part, le gigantisme est-il un critère de qualité dans le numérique ? De nombreux et coûteux échecs démontrent le contraire : 400 millions d’euros pour le projet Sirhen114 avec CapGemini (420 000 collaborateurs), 257 millions pour le projet XPN115, toujours avec CapGemini, 37 millions pour le projet Arpège116 avec Sopra Steria (51 000 collaborateurs), 76 millions pour le projet I-Police117 en Belgique, toujours avec Sopra Steria… Que l’on n’accuse pas le service public, l’entreprise allemande Lidl n’est pas en reste avec l’échec à un demi-milliard d’euros de son projet avec le géant américain SAP118. D’après une étude de McKinsey119 les grands projets informatiques (plus de 15 millions de dollars) génèrent en moyenne un surcoût de 46%, délivrent 56% de valeur de moins que ce qui était prévu, et 17% des projets, nommés “cygnes noirs” se passent si mal qu’ils menacent la survie de l’organisation. Qui peut se satisfaire d’une telle médiocrité ?

Nous prenons soin de l’intérêt général. Un numérique d’intérêt général120 (NIG) doit servir de justes fins, rester à une juste place, être décidé démocratiquement, respecter la loi, respecter les personnes, être fabriqué avec soin et être résilient. Le cadre de référence NIG propose 21 critères qui permettent de décider démocratiquement si un service numérique nous convient, ou pas. 

Chaque euro dépensé dans une perspective de soin est un investissement d’avenir. Non seulement nous finançons directement un numérique qui nous convient, mais les personnes qui contribuent à ce numérique sont elles-mêmes engagées dans d’autres initiatives de soin. Nos revenus en financent d’autres, c’est le multiplicateur keynésien du care. Tout est déjà là, il ne manque qu’un déclic pour basculer. 

Nous, travailleuses et travailleurs du numérique, déclarons ouverte l’ère du soin. 

Notes

Communiqué des services du Premier ministre, en date du 1er décembre 2025, sur les dépenses de communication de l'État et leur réforme.

« Les promesses de gains de productivité massifs associés à l'IA exposent le cynisme des patrons » 

Suppressions de postes à Capgemini: «On veillera à ce que les départs soient volontaires, pas subis» 

CFDT Sopra Steria: En vitrine les résultats financiers, en arrière-boutique la casse sociale 

Atos annonce un projet de suppression de 135 postes en CDI en France 

Accenture se sépare de ses salariés dépassés par l'IA à grande vitesse - Les Echos 

Licenciements chez Amazon : le géant américain veut rattraper son retard sur les autres GAFAM - franceinfo 

Pour financer l'IA, Meta va licencier 8 000 personnes, Microsoft lance un plan de départs volontaires - France 24 

La plus grande vague de licenciements jamais organisée par Oracle ne s'est pas accompagnée d'un appel téléphonique, d'une réunion ou d'un entretien avec un responsable, mais seulement d'un e-mail 

10 Licenciements massifs dans la tech : pourquoi le spectre de l'« AI-mageddon » cache une autre réalité économique  

11 Marchés publics de communication : quand le « low-cost » fragilise l'édifice 

12 La demande en développeurs et chefs de projets IT s'érode en 2025 - Le Monde Informatique 

13 Entry-Level Developer Jobs: Market Shifts in 2025 

14 CONJONCTURE DU MARCHÉ DU NUMÉRIQUE 

15 Un marché de 7,7 Md€ après une baisse de 2,5%, l'autre de 34,3 Md€ après une baisse de 1,8%

16 « J'ai l'impression d'avoir raté ma vie à un an près » : quand l'IA freine l'embauche des juniors 

17 Intelligence artificielle : "J'ai perdu 60% de mon chiffre d'affaires en quelques mois", témoigne une traductrice freelance

18  Salaire divisé par deux, moins de contrats, perte de sens... Les traducteurs percutés de plein fouet par l'IA générative 

19 «Je ne retrouverai pas de poste à 100%»: face à l’IA, des traducteurs qui doutent et redoutent - Le Temps 

20 Les traducteurs d’Arte dénoncent la destruction de leur métier par l’IA | Mediapart 

21 L’IA grignote inexorablement le travail des traducteurs littéraires 

22 Non, l’intelligence artificielle ne remplacera pas les traducteurs et traductrices, mais elle détruit leur métier ! | ATLF

23 Enshittification : why everything suddenly got worse and what to do about it / Cory Doctorow 

24 "Derrière nos écrans de fumée", le documentaire qui va peut-être vous sevrer des réseaux sociaux - franceinfo 

25 ChatGPT : OpenAI sonne la fin de la récré pour la version gratuite, ce détail repéré dans le code confirme le pire 

26 Google AI Ultra, l’abonnement VIP à 250 dollars par mois qui concurrence ChatGPT Pro 

27 Entre bulle de l’IA et pénurie militaire : une crise systémique - IRIS

28 https://www.lecese.fr/sites/default/files/pdf/Avis/2024/2024_14_IA_Environnement.pdf

29 IA générative : la consommation énergétique explose 

30 Pour ses datacenters, Microsoft réactive la centrale de Three Mile Island - Le Monde Informatique 

31 Catastrophe de Three Mile Island : pourquoi la centrale reprend-elle du service, 50 ans après le plus gros accident nucléaire des Etats-Unis ?

32 Google voit ses émissions carbone exploser à cause de l'IA 

33 La Deutsche Bank avertit que la bulle de l'IA est la seule chose qui maintient l'économie US à flot et que, lorsque cette bulle éclatera, la réalité sera bien plus dure que ce que tout le monde imagine 

34 L'IA en route vers un krach historique? Un ex-patron de Goldman Sachs tire la sonnette d'alarme | Slate.fr 

35 L’IA dans sa bulle : qui paiera la note ? | Ifri 

36 Politiser le renoncement | ÉDITIONS DIVERGENCES 

37 Organologie générale | Ars Industrialis 

38 Using your phone's GPS all the time can impair your spatial memory 

39 L'Homme diminué par l'IA - Marius Bertolucci 

40 Uber is offering AI gigs for PhDs as it becomes a 'platform for work,' CEO Dara Khosrowshahi says 

41 Labor market impacts of AI: A new measure and early evidence \ Anthropic 

42 En Inde, l’IA menace des millions d’emplois dans la sous-traitance des services informatiques  

43 L’IA est une menace pour 5 millions de salariés en France, selon une étude 

44 Les gourous de la tech multiplient les propositions de « New Deal » pour affronter les conséquences sociales destructrices de l’IA  

45 L'IA et le travail : la promesse de productivité au défi de la formation et de la cohésion sociale 

46 The Junior Developer Pipeline Is Breaking in Plain Sight | HackerNoon 

47 "L’IA sature nos capacités cognitives" - franceinfo 

48 L'intelligence artificielle réduit-elle vraiment la charge mentale ? - franceinfo 

49 «L’IA m’a grillé le cerveau» : l’intelligence artificielle est-elle une machine à burn-out ? - Libération 

50 The fear of being replaced by generative AI: An examination of influential factors among office workers - ScienceDirect 

51 Artificial Intelligence Replacement Dysfunction (AIRD): A Call to Action for Mental Health Professionals in an Era of Workforce Displacement - PMC 

52 L'intelligence artificielle générative bouleverse le marché de l'emploi : ces métiers qui disparaissent et ceux qui émergent en 2026 

53 Creative Squad - étienne mineur 

54 Risques et incidents liés à l'IA 

55 Le vibe coding ouvre une nouvelle brèche dans la cybersécurité des entreprises - Siècle Digital 

56 L'assistant IA OpenClaw est un cauchemar de sécurité - Le Monde Informatique 

57 Les risques associés à l'usage de l'intelligence artificielle dans le monde professionnel | Direction Générale de la Sécurité Intérieure 

58 La productivité de l’IA au travail est toujours incertaine 

59 Pourquoi l'IA agentique menace la sécurité des entreprises 

60 AI can cost more than human workers now 

61 « Personne n'est épargné » : la CNIL alerte sur la hausse de plus en plus rapide des violations de données - Les Echos 

62 Pour la première fois, une IA parvient à pirater des serveurs et à se répliquer seule, alertant les experts en cybersécurité - Science et vie 

63 La Technique et la science comme «idéologie» de Jürgen Habermas | Gallimard 

64 Au-delà de la technique : pour une critique sociale de l'IA - Entretien avec le collectif Le Mouton numérique  

65 Le chercheur Nate Soares, « doomer » de l’IA à Berkeley, prévoit la fin de l’humanité : « C’est de la folie de les laisser essayer » 

66 Quels sont les grands secteurs de production : primaire, secondaire et tertiaire 

67 Du vivant aux technologies zombies et inversement - José Halloy 

68 Désescalade numérique 

69 L'éthique du care | Cairn.info 

70 Interview Tristan Nitot, découvrez la loi d'erooM 

71 Google Fonts : derrière une jolie police, un vrai sujet RGPD... et un petit aveu de dépendance numérique - HackMD 

72 Bye Bye Binary 

73 La typographie inclusive : un enjeu essentiel pour l'accessibilité des personnes avec handicap 

74 L’écriture inclusive par-delà le point médian | CNRS Le journal 

75 Licences libres pour les codes sources publics et le socle interministériel de logiciels libres 

76 Licences à réciprocité ? - Contributive Commons 

77 Public Money, Public Code 

78 La directive NIS 2 - ANSSI 

79 Le règlement général sur la protection des données (RGPD), mode d’emploi | economie.gouv.fr

80 L'algorithme de notation de la Cnaf attaqué devant le Conseil d'Etat par 15 organisations - LDH 

81 En Chine, le « crédit social » des citoyens fait passer les devoirs avant les droits 

82 Technopolice 

83 Pourquoi les mines du Congo sont la matrice du capitalisme - La chronique internationale de Charlotte Recoquillon - 3 février 2025 | L'Humanité : lire, agir 

84 Géopolitique du numérique : l'impérialisme à pas de géants, par Ophélie Coelho, Éditions de l'atelier, 2025 

85 Vous avez dit attachements ?... - Presses des Mines 

86 Robustesse.org 

87 Les Livrets - Pour une société des communs

88 RGAA 

89 Référentiel général d'écoconception de services numériques (RGESN) - 2024 

90 Référentiel général de sécurité (RGS) | numerique.gouv.fr 

91 Opquast 

92 Déclaration NIG 1.1 du site web des Champs Libres 

93 La composition des mondes de Philippe Descola - Editions Flammarion 

94 Le soin des choses - Jérôme Denis, David Pontille - Éditions La Découverte 

95 Efficacité des secteurs public et privé | EPSU 

96 L'État entrepreneur (Grand format - Broché 2020), de Mariana Mazzucato | Éditions Fayard 

97 La Forge des communs numériques éducatifs 

98 Code.gouv 

99 Lex Numerica - Un parcours d’achat numérique pour faciliter la prise en compte des cadres  réglementaires 

100 Victoire de fait à Bruxelles, pour un droit d’accès non numérique aux services publics 

101 Victoire de fait à Bruxelles, pour un droit d’accès non numérique aux services publics 

102 Numérique acceptable - Louis Derrac 

103 Illusion méritocratique | Éditions Odile Jacob 

104 “Rien pour nous, sans nous!” | Du slogan et ses usages politiques et scientifiques - La parole (in)assistée 

105 “Un mundo donde quepan muchos mundos” Declaraciones del EZLN - Wikipedia, la enciclopedia libre 

106 https://tribe-x.org/fr 

107 Read the Principles - Design Justice Network 

108 Plurivers, - Un dictionnaire du post-développement - Éditions Wildproject 

109 Le capitalisme face aux limites planétaires | The Other Economy 

110 Green Capitalism? Politics from the Necrocene to the Eleutherocene 

111 https://www.les-scop.coop/l-annuaire-des-scop-en-france?field_secteur_activite_structure=3089 

112 La citoyenneté économique peut-elle sauver l'avenir 

113 MONDRAGON Corporation 

114 Comment l'Education nationale a perdu 400 millions d'euros 

115 Plus de 257 millions d’euros pour un système inutilisable : le logiciel pénal de la police nationale étrillé par la Cour des comptes 

116 Fiasco du nouveau logiciel de la Sécu, des milliers d'usagers ne sont toujours pas indemnisés 

117 I-Police : cinq mois après, qui enquête vraiment ? - La Libre 

118 Un projet IT chez Lidl échoue et lui coûte un demi-milliard - RetailDetail BE 

119 Delivering large-scale IT projects on time, on budget, and on value | McKinsey 

120  Numérique d'Intérêt Général 

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Organisations signataires

Les organisations listées s’engagent en tant que collectifs. Les personnes qui en font partie peuvent s’engager aussi à titre individuel. 

  • noesya
  • Ctrl S
  • Rose Primaire
  • Institut Supérieur de Design de Saint-Malo
  • Podcast Techologie
  • Shinypix
  • Point de M.I.R
  • Les Augures
  • Opquast
  • Jeudimatin
  • SOGA
  • Tribe-X 
  • Les Fantastiques Communs
  • Studio 9P
  • Entrelac
  • Syst-A
  • villette makerz
  • OCTO Technology
  • InfraBasse
  • Pcfh Studio
  • cmjnrvb studio
  • Collectif Interstices
  • La Coop des Communs
  • Framasoft
  • AltGR
  • SCIC T.E.T.R.I.S.
  • Designers Éthiques
  • Heylow
  • Mouton Numérique
  • SCOP&CO
  • CoopCoNuT
  • Iroco
  • Hub du Sud
  • Webtopie
  • BOLDCODE
  • Machin Machine
  • Fair Clair
  • Dilolabs
  • TELECOOP
  • Philanoe Consulting
  • CLISS XXI
  • Magnétic
  • Calinou
  • Kongbocity
  • Club Linux Nord Pas-de-Calais 
  • L'Autre Net
  • LauDevSat
  • Demain Design
  • Kelis
  • Commown
  • Altairis
  • opendoor
  • Antigone - Frédérik VARLET
  • Accolades
  • Association Green IT
  • Coopérative Ouvaton 
  • Mouvement National de Lutte pour l'Environnement (MNLE) Pays de la Loire
  • HADOLY
  • Pikselkraft
  • Cyclop Éditorial

Formulaire organisation

Personnes signataires

  • Arnaud Levy
  • Florian Guillanton
  • Pierre-André Boissinot
  • Alexis Benoit
  • Olivia Simonet
  • Sébastien Gaya
  • Louis Derrac
  • Julien Vey
  • Richard Hanna
  • Manuel Tancoigne
  • Sylvie Bétard
  • Arnaud Bridou
  • Valentin Chaput 
  • Simon Dréano
  • Isabelle Bouilloux
  • Elodie Hérisson
  • Fabian Lapôtre
  • Bela Loto Hiffler
  • Yuna Orsini
  • Nicole Pignier
  • Frédéric Poisson
  • Florian Harmand
  • Pascal Courtois
  • Fanch Rouault
  • Sven Grothe
  • Nicolas Duclos
  • Matthieu Berthet
  • Sylvain Capeyron
  • Benjamin Pottier
  • Damien Legendre
  • Sébastien Broca
  • Manuel Taraud
  • Anne Faubry
  • Vincent Lucy
  • Grégoire Pinson
  • Tristan Nitot
  • Charlotte Abdelnour 
  • Patrick Maruejouls
  • Ophélie Burgstahler
  • Marion Rébier
  • Perrine Letellier
  • Sacha André
  • Alexis Charpentier
  • Christine Picon
  • Emile Rolley
  • Charles Prévot
  • Philippe Gambette
  • Philippe Baudelot
  • Maxime Pereira Lima
  • Mike Gadras
  • Aurélie Baton
  • Elisabeth Hamel
  • David Parsons
  • Maxime Guedj
  • Hubert Guillaud
  • Thibaud Mischler
  • Irénée Régnauld
  • Laurent Ricard
  • Ophélie Coelho
  • Nicolas Arduin
  • Pablo Rauzy
  • Dominique Boullier
  • François Vantomme
  • Didier Evenou
  • Jérémy Pastouret
  • Thibault Lenclos
  • Marie-Cécile Godwin
  • Sophie Jehel
  • Anaïs Jaunay
  • Serge Pouts-Lajus 
  • Gérald Mazaud
  • Pierre-Yves Gosset
  • Anthony Ferretti
  • Simon Louvet
  • Léa Vignaud
  • David Forgeron
  • Vincent Bergeot
  • Nicolas Paries
  • Sonia Margollé
  • Mathieu Jahnich
  • Thomas Bennett
  • Marc Bouvier
  • Mathieu Poignant
  • Mathieu Despriee 
  • Bruno Thomas
  • Claude Aubry
  • Alban Dericbourg
  • Marc Rutkowski
  • Dominique Hébert
  • Alexandra Janin
  • Glenn ROLLAND
  • Florent Souillot
  • Nicolas Froidure
  • Alexis Métaireau
  • Alexis Nicolas
  • Mathieu Dartigues
  • Loan Robin Landais
  • Julien Falgas
  • Rachel Arnould
  • Alexandre Foll
  • Alexis Janvier
  • Emilie Nguyen Van Yen
  • Elodie Boin-Zanchi
  • Yann Méhat
  • Clémentine Ribeyrolles
  • Cyril Blaecke
  • Sébastien Fievet
  • Olivier Lornet
  • Edouard Paumier
  • Mathieu Wolff
  • Lucie Deschamps
  • Laurent Costy
  • Olivier Duquesne
  • Emeline Parizel 
  • Romy Duhem-Verdière
  • Geoffroy Bailly
  • Fabien Basmaison
  • Sylvain Allignol
  • Christophe Clouzeau
  • Nicolas Hoizey
  • Aurélien Béranger
  • André Hoarau
  • Emeline Parizel
  • Agnès Rambaud
  • Cédric Frayssinet
  • Pierre-Olivier Marec
  • Guillaume Clerc
  • Renaud Héluin
  • Dominique Campagna
  • Philippe Cherpentier
  • Alain Sainte-Marie
  • Jean-Michel Cros
  • Eva Jiménez
  • William Sandjivy 
  • Clemence Lauxerois
  • Claire Noyer
  • Florian Briand
  • Thibaut Parent
  • Olivier Aubert
  • Yves Grasland
  • Thierry Rouby
  • Pierre Courbin
  • Marie Muret-Morin
  • Timothée Goguely
  • Ferréole Lespinasse
  • Launde Morel
  • Yann Kubacki
  • Jérôme Gui
  • Jean-Daniel Dubois

Formulaire personne